EN HOMMAGE À KAYA : Percy Yip Tong raconte la genèse du reggae

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Percy Kaya

Percy KayaTrente ans après sa création, le seggae est une musique toujours vivante. Un son qu’on ne peut dissocier de Réginald Topize, alias Kaya, à qui on attribue sa création. Son manager du début, Percy Yip Tong, confie qu’il rêvait du seggae avant même de rencontrer Kaya. Il nous raconte sa rencontre avec Kaya et sa version de la création du seggae.

“Je rêvais du seggae quand j’étais en France pour mes études, entre 1978 et 1985”, confie Percy Yip Tong, qui a été le manager du groupe de Kaya, Racinetatane. Féru de reggae et de séga, DJ de Sound System à l’époque, il avait imaginé combiner ces deux styles. “En Europe, j’ai découvert la musique africaine et le reggae. J’étais un DJ de Sound System et j’étais devenu un spécialiste de reggae. Quand j’écoutais le binaire du reggae, je me suis dit que c’est un peu rythmé et je voyais le six-huit, la mesure du séga, rentrer dans le reggae.”

Coup de foudre.
À sa rentrée à Maurice en 1986, son rêve se concrétise quand une de ses connaissances l’approche pour lui dire qu’il y a quelqu’un qui fait un mélange de reggae et de séga. Sans hésiter, il va à la rencontre de Kaya et de son groupe. Il se rend à une répétition chez le bassiste Cyril Languila à Plaisance, Rose-Hill, à côté de la rue Ratsitatane. “Je me rappelle très bien, c’est très clair dans ma tête. Je vois huit rastas répéter du reggae en créole, dont le fameux morceau Ras Kouyon, qui à l’époque était un reggae.”

Puis, Percy Yip Tong entend résonner Racine pe brile. “En tant que Sino-Mauricien qui lutte pour le mauricianisme, je me dis : enfin un rasta qui ne chante pas Haile Selassie. Je suis entré en transe devant cette musique. C’était la première fois que j’entendais dans mes oreilles du reggae roots mélangé avec le rythme du séga. Le texte reflétait ma philosophie et je découvre un mec avec un solo de guitare simple avec trois accords, mais qui reste dans la tête, et surtout une sacrée voix. J’ai eu le coup de foudre pour l’artiste et pour cette musique, dont je rêvais depuis quatre, cinq ans en France.”

“Les rastas me menacent et me foutent dehors”
Il sort son walkman pour enregistrer et fait savoir au groupe qu’il allait envoyer cet enregistrement à Jacques Maunick, alors animateur à Radio France Internationale. Mais cette manœuvre le dessert. “Les rastas commencent à sortir parce qu’ils se méfient de moi, ils me menacent et me foutent dehors.” Déçu, il est obligé de jeter les armes.

Ce n’est qu’une année après que Kaya revient vers Percy Yip Tong, après le fulgurant succès de Samarel du groupe Natir, dont il s’occupait. “Kaya dir mwa : sori, nou pann konpran twa. Aster mo’nn trouve ki to enn boug serye pou to tir bann morso kouma Samarel. Li dir mwa ed li parski li pe organiz enn konser Teat Porlwi e li pena kas.”

Il transforme le ségé (comme l’avait écrit le groupe sur un tableau lors d’une répétition) en seggae. Il change également le nom du groupe, de Ratsitatane en Racinetatane. Après le concert au Théâtre de Port-Louis, qui déçoit Percy Yip Tong, ce dernier organise la même année un concert au Plaza avec Michel Legris, Josie Legris, Mo mam twa, Alalila, Natir, entre autres, et où il présente Racinetatane, qui fait du 100% seggae. “C’est là que tout commence.”

Selon Percy Yip Tong, Kaya réussissait à produire un son avec un mélange parfait des styles reggae et séga. “Pour moi, la plupart des ségas des années 70 avaient un son un peu reggae. Par exemple, le morceau Elida de Michel Legris, qui date de 40 ans, est un peu seggae. Même les morceaux de Cyril Labonne à l’époque sonnaient séga avec un parfum de reggae. La différence est qu’avec Kaya, on avait réussi à faire 50% séga et 50% reggae.”

Percy Yip Tong dit ne pas vouloir entrer dans les polémiques sur la création du seggae. Il concède que Rodo, ancien de Blue Stars, a sûrement inspiré Kaya pour le seggae alors que ce dernier était parti à Chamarel pour s’initier au rastafarisme.

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